Chris, Danny, et Marianne (pour que tu traduises le Payon, car tu commences à parler la langue à force...)

Déjà, je plante le décor, moi je suis orange cuivré, de la tête au pied. Je brille. Autour de moi, il y a un parasol et des sceaux en plastique avec lesquels les gamins jouent sur la plage, tout ça, du même bleu que mes lèvres, de même bleu que mes vingts charmants ongles, du même bleu que mon moule-boule qui me fait un super-paquet de ouf, du même bleu que la super-vilaine : Mystique. 

Et il y a vous, je pense, en mode Hawaï ringoss genre Las Vegas Parano, vous, et vos instruments. Je pense aussi, un peu à la Martin Margiela (un créateur de mode), on voit pas vos petites gueules, vous êtes en mode braquage, un collant sur la face. 

Bon, les gars, voici ce fameux mail avec les indications de mise en scène, il est là je me lance. Pour vous inspirer le coquelicot... Hein, après on en reparle, autour d'une bonne bière de chez nous. 

J'y vais, je vais parler en terme de ressentis, de ce que ce drôle de petit pestacle est censé nous faire à nous, et au public qui le regarde. A vous de traduire ça en musique. 

Au début, c'est vous les stars, quand le public entre, ça joue déjà. Moi, je suis en place, sur mon transat, à l'envers, les jambes et les bras en l'air. En fait, si on me regarde, j'ai la forme d'un U, sur un transat. Ce que je joue, ce qui se passe dans ma tête à ce moment là, c'est que je suis là depuis 1000 ans, coincé sur mon transat, à prendre le soleil, je l'ai tellement pris que je suis orange bordel, je brille sa mère ! Ce que je fais, c'est que je tends les paumes de mes mains et de mes pieds vers le soleil (les projos plutôt) pour les faire bronzer. Bon, ça ce que je m'imagine moi, mais je pense que j'ai l'air d'un con puissance 1000. Mais ça me va. 

La musique là, ça doit être un truc où on a l'impression que le temps s'est arrêté. Un truc qui plane. Presqu'angoissant peut-être. Ca dure un bout, genre 3 minutes. Moi pendant l'entrée en salle des pestateurs, et sur toutes ces à peu près 3 minutes, j'effectuerai des petits mouvements de rotations, vraiment minus, presqu'invisibles, selon ce que vous jouerez. Au bout de ce temps du début, je devrais commencer à trembler des membres (essayez et vous verrez). C'est ça notre top. Quand je commence à trembler, je me laisserai couler sur le transat, toujours à l'envers, je commencerai à dire le texte.

Cette partie là :

il y a le sable - il y a la douceur - et du sable - et de ta peau - du sable sur ta peau - quand ma main passe sur ta peau, avec le sable, ça te gratte ? - ça t’exfolie ? - ça te mange les petites peaux mortes ? - ça te gratte ? - il y a le sable ici - la douceur - les pieds qui s'enfoncent dans la douceur - tu connais ça ? - le sable ça sent particulier le sable chaud, non ? - ça sent tous les pieds enfoncés dans le sable depuis des millénaires - j'aimerais être une petite bête qui vit dans le sable - pour être dans tes cheveux - et sur ta peau je me ferai griller avec le monoï - ça serait enivrant - ça serait ma drogue - j'aimerais être une petite araignée transparente - un acarien - j'aimerais être une petite bête de sable pour manger toutes les petites peaux mortes entre tes orteils - j'aimerais ça - par dessus tout


Cette partie est assez sensuel, ce que je joue est plutôt doux. Bon, avec la dégaine que je me tape c'est sans doute effrayant et je dois avoir l'air d'un sacré ouf, mais non, moi, de l'intérieur, je dis tout ça comme une caresse. L'évocation "des petites peaux mortes entre tes orteils" est pour ce personnage quelque chose de très intime, presque érotique en fait, comme parler de son parfum à la personne qu'on aime.

L'hormone que dégage la sudation des pieds est la plus proche de l'hormone sexuel. D'où les fétichistes des pieds (il y en a beaucoup, genre les mecs qui se branlent dans les baskets).

(Bon, y'a un gros côté foncedé aussi, génération MDMA... c'est planant de toute façon.)

Sur toute cette partie, il faut trouver une harmonie entre ce que vous jouez, et ce que je joue. Une écoute. Mais de toute façon, je vous le dirai une fois avant qu'on s'y mette, pour que vous vous le mettiez bien dans l'oreille.


A la fin, dès "j'aimerais ça - par dessus tout", là ça part, c'est rock n' roll presque, à vous de voir, en fait, après ce temps de caresses sensuels, faut leur botter le cul, à eux public, et à moi. Sur la zik, j'effectuerai ma fameuse danse de la jambe qui porte pas. De la jambe qui veut s'enfuir du corps. C'est un truc qui me turlupine ça, la jambe qui porte pas un corps. Qu'est-ce qu'elle devient ? Vive les parties de jambes en l'air les mecs.

Mais là, c'est votre moment, moi je suis à votre service, n'oubliez pas, on se créera un cadre, mais un cadre d'impro. Tout partage en couille est bienvenu, recherché, salutaire au paysage théâtral de ce pays sclérosé par sa propre histoire grandiloquente de nos 6 (2X3 = 6) !

Bref, moi, t'inquiétez pas, je suivrai.

Bon, ça dure pareil, 2 - 3 minutes, à voir... A la fin, je me laisse couler complètement hors du transat. Là c'est silence totale.

Et là, je chope mon putain de poulpe, et je danse avec lui. Sur cette danse, je dis la deuxième partie du texte :


quand j'étais petit je n'aimais pas ça le sable - je rêvais de galets ronds que je pouvais peindre - je faisais des pieuvres, je rêvais de kraken géant aux tentacules qui me goberaient les testicules - un kraken un brin kawaï amateurs de castagnettes - un kraken craquant un brin coquin - un poetic kraken quoi - plus tard, à Torre de Lago, j'ai goûté la salade de poulpe et j'ai adoré - j'ai adoré la texture caoutchouteuse de cet invertébré qui ployait sous l'effet dévastateur de ma mastication - shark shark - je mâchais le kraken adoré de mon enfance


Sur ça, moi je galère pas mal, en gros je suis sur le dos, je tiens des tentacules dans mes deux mains et mes deux pieds, et le poulpe me crache son encre sur la gueule... Bon, j'effectue un mouvement de rotation sur le dos, membres tendus... un peu comme au début sauf qu'il y a le poulpe qui se fait écarteler (je pense en faire une salade le lendemain midi).

Sur cette partie précise, lors de la création à Dunkerque, Alain Blesing (le jazzman) et moi avions découpé les phrases, et il jouait le même nombre de notes que je prononçais de syllabes, en ponctuant la fin en me dépassant au niveau sonore. Je suis clair ? 

Je pense que c'est à ce moment là que j'ajouterai l'histoire de couper un poisson, de mettre une barbie dans la moitié avec la queue et de me mettre à chanter la petite sirène... soit là, soit au début... peut-être à la fin. C'est pourri comme idée mais je rêve de faire la petite sirène depuis mes 6 ans... vous me direz ce que ça donne en répétitions... si vous trouvez ça nul, je ferai pas.

En tous les cas, après ça  y'a le gros morceau. Là, perso, moi je suis en difficulté. Mais c'est recherché. Je veux dire, je crie ce qui suit, en crescendo, de plus en plus vite, à la fin, je surventile, c'est très dur. Bon, y'a des moments de silence où je reprends mon souffle. A caler ensemble. Là, faut que vous aussi vous partiez en cacahuètes grillées. Là franchement, je peux pas vous dire trop de truc, c'est à nous de voir ce qu'il est possible de faire ensemble. 

Je me dis même que c'est un présomptueux de ma part de le jouer trois fois dans la soirée... ma pauvre petite voix va prendre une grosse claque, mais je sucerai des pastilles au miel.

Bon, vous remarquerez que ça part en gros délire, c'est assez violent dans ce que ça raconte. Après je pense que ça reste assez léger quand même, vu toute la mise en scène toute chelou.

je disais que je n'ai jamais aimé le sable de mon enfance - il s'insinuait partout et je n'aimais pas ça, vraiment pas, il s'insinuait sous les ongles, dans les oreilles, partout dans les boucles blondes de mon enfance - j'étais un chérubin couvert de sable et je n'aimais pas ça - le sable de mon enfance qui s'insinue dans le maillot de bain qu'on me forçait à mettre arrivé à l'âge de plus montrer son kiki - le sable qui s'insinue dans le kiki - entre le gland et le prépuce - j'étais effrayé - vraiment très effrayé je me disais qu'avec le sable dans mon kiki je risquais un orgelet de kiki alors ça me faisait vraiment peur pour mon kiki - un jour ma mère a eu un orgelet - pas un orgelet de kiki non mais un orgelet orgelet quoi - et ma maman qui d'habitude est le portrait glaviot de Mylène Farmer - je suis vachement fier - ma mère était devenue une putain de mongol de Tchernobyl - putain elle était toute difforme genre manque de chromosomes qui vont bien pour te payer une tête quoi - et ma mère elle s'avait juste baigné et que du sable (même pas du sable mais juste un seul putain de grain de sable kamikaze s'avait glissé dans sa peau pierre) - j'aime pas ça le sable - j'aimais pas ma mère non plus avec sa tête de mongol - avec son oeil en poupée gigogne qu'on aurait pu en cacher 15 dedans - les uns dans les autres là en chantant Libertine - la honte - le sable c'est la honte - c'est putain honteux le sable - le sable impudique se glisse là avant les autres - et ce qui me faisait peur - vraiment très peur - c'est que le sable impudique de mon enfance - c'est des morceaux de dinosaures - des dinosaures c'est pires que le kraken kawaï de mon enfance - des dinosaures c'est des reptiles géants qui devaient foutre les j'tons à mort - des putains de j'tons de chocottes de mes couilles - le sable c'est des putains de cadavres de T-Rex fossilisés réduit en poudre par la force miraculeuse et complètement ouf de Dame Nature - une force miraculeuse qui a lyophilisé ces putains de Longs Coups, de Trois Cornes de mes couilles - qui les a lyophilisé et qu'après ces putains de Dino se glissent dans ma teub ça oui ça fait peur à l'enfance de moi - je suis un chérubin violé par un T-Rex et tout le monde s'en fout et ma mère me laisse me faire tripoter par tout une putain de faune pré-pré-historique et tout le monde s'en fout - c'est des putains de tournantes de reptiles violeurs sur toutes les plages du monde et tout le monde s'en branle - moi je veux des galets ronds - des galets ronds et doux pour faire des dessins dessus et pour leur éclater la gueule au T-Rex de mes couilles - et ce que je dis pas - ce que je dis pas - c'est que le sable - le pire du sable violeur - c'est que le pire c'est dans le cul - tout le monde a putain toujours plein de sable dans le cul - et tout le monde s'en fout putain - tout le monde s'en fout de Denver là qui nous baise à tour de bras de ses petits bras verts et atrophiés de Dinosaure de merde - voilà c'est dit - voilà c'est dit j' te dit - alors non je viendrai pas à la plage plutôt aller cueillir des champignons dans une cave de Bagneux - enlève tes sales pattes -laisse moi tranquille putain - je vais à la piscine je te dis !


Peut-être qu'on peut se retrouver un soir, je vous le dis une fois, et ensuite on essaie de partir en impro guitare / basse / voix, histoire de voire ce que ça donne. 

La bise les sangliers.

A.