10 jours de chantier dramaturgique pour la reprise de mon texte, « Le long de la grand'route »


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Hier encore j'étais au Moulin de Lezay, le Pôle Régionnal Ressource Théâtre en Poitou-Charentes (images ci-dessus). Un lieu dingue, passant, où on croise des habitants, des artistes, et des canards !


Nous sommes six écrivains de théâtre à avoir testé ce nouveau dispositif organisé par le triangle d'or : le Moulin de Lezay, l'Agence Culturelle et la Comédie Poitou-Charentes, six écrivains à avoir voulu mettre un de nos textes en chantier, de réécriture, six écrivains à avoir voulu rompre avec cette nécessaire solitude qu'impose souvent notre pratique.

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Nous avons, et c'est ému que je m'en souviendrai, partagé, nos doutes, nos outils, nos visions du réel et du théâtre, nous avons passé des soirées entière à lire les textes des uns et des autres dans une extrême bienveillance, nous avons bu des litres de vins (surtout moi) et regardé ensemble les étoiles dans les yeux, le cœur et les oreilles, des uns, et des autres.


Nous nous sommes volé dans les plumes, pas celles des coqs, non, celle qui font pousser les langues !

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Je suis, je crois bien, tombé amoureux d'eux tous. Comme il est bon de tomber amoureux d'une écriture, sous un soleil caressant, au milieu d'un marais presque irréel.
J'ai donc eu le plaisir de rencontrer Jérôme Richer (le vrai faux-suisse) avec Défaut de Fabrication, Michel Gendarme (qui ne fait pas que des confitures) avec D'urine et de fer, Pauline Pidoux (poupoupidoux) avec La piste des larmes, Laure Dejean (c'est le ponpon sur la Garonne) avec La mère oiseau et Claire Malbos (ci-dessous) avec A la limite. Avec eux, une semaine d'échange et de partage.

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Chapeauté par Laure Bonnet, l'auteure associée à la Comédie, nous avons donc passé 10 jours d'une résidence un peu particulière... Petit récit :


Un protocole stricte (qui se décollapse pas la nouille):


6 AUTEURS / 6 LECTEURS QUI LE FONT VOLONTIERS !


Les deux premiers jours, nous avons rencontré nos lecteurs, comédien, auteure, éditrice, universitaire, programmatrice, bref un condensé du paysage des personnes et professions que l'on rencontre quand on est auteur... Six lecteurs qui en amont de la résidence, ont épluché nos textes afin de nous faire des retours.


La première matinée, nous, les six auteurs, avons parlé, par tranche d'une demie heure, du texte que nous avions soumis au dispositif. Nous avons rappelé comment ce texte était né, expliqué l'état du travail, les manques à gagner, et surtout, nous avons posé sur la table (heureusement qu'elle était là (private jock, again)) les questions sans réponse pour lesquels nous avions candidaté.


La première après-midi, chaque auteur avait une heure de retours, mais pendant que tout le monde parlait, chacun son tour, après avoir demandé la parole à la maîtresse de cérémonie, lui, notre auteur, se la bouclait grave.


Et donc on est là, à poil, parce que quand on cause de vos écritures, c'est un peu comme si on inspectait votre scrotum, c'est pas toujours très agréable, ça peut mettre le doigt sur (sous?) quelques infirmités pour le moins dramaturgiques … 

Bref, ça peut paraître un peu psycho-(killer)rigide comme règle du jeu, mais quand même, ça permet d'écouter vraiment ce que les lecteurs ont à dire. Eux, ça les oblige à causer que si ils ont un truc intéressant à dire.


Bon le seul bémol, peut-être, c'est quand vraiment les lecteurs, en rebondissant d'argument en argument, se mettent à causer d'un truc à l'ouest, d'un truc que vraiment, on a pas voulu dire ça dans le texte quoi... alors là, on est obligé de se la fermer grave, sinon toutouille... alors on se tait, sage comme une image, et eux, ils disent n'importe-quoi, sans le savoir.


Mais bon, je suis le premier à dire que dans le n'importe-quoi, il y a du trésor, de la perle, de la beauté infinie.


Voilà, le premier jour est passé. Et là déjà, on se connait, parler d'un texte, de textes, en la présence des auteurs, c'est un bon début pour nouer des liens.


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Et là ce qui est beau, dans cette première soirée qui débute, c'est à quel point tout le monde, lecteurs, les autres auteurs aussi, avons un rêve commun, sur le théâtre, et de façon plus précise, et c'est là où le dispositif est génial, sur les textes des uns et des autres.


Même à l'ENSATT, oui, je peux le dire, je ne me suis pas senti à tel point accompagné.
Ce terme d'accompagnement, dans mon travail d'écriture, a pris tout son sens au Moulin de Lezay. 


Oui, c'est là le moment de saluer Laure Bonnet, qui, fine dramaturge, a su rentrer dans nos projets d'écriture, a su analyser, conseiller, sans jamais nous imposer son « rêve » à elle sur nos textes à nous, qui a su, trouver le langage adapté et les outils adaptés à chacune de nos écritures. Et ce, avec une infinie douceur, un sourire comme on en voit peu, à la fois franc et... ce qui me vient, c'est l'odeur de la peau après un bain de soleil. Quelque chose de doux et de présent.


Ensuite, le deuxième jour..


Là on pensait tous que ça serait du big mamouth costaud ! UNE HEURE DE RENDEZ-VOUS EN TETE A TETE AVEC CHACUN DES LECTEURS !


Mais non, c'est passé comme une lettre à la poste, nous avions pu nous rencontrer la veille, alors ça s'est fait naturellement, chacun des lecteurs nous parlait à son endroit, et nous, je pense, faisions le tri dans les infos qu'on nous donnait, les retours. C'était presque comme parlé d'un bon ami en commun.


Et là, quelques rencontres merveilleuses, Marie Vullo, la responsable du Pôle Régional, fine lectrice, la maman du moulin, Sabine Chevallier, la directrice éditoriale des Éditions Espace 34, avec le calme d'un moine boudhiste, elle te démonte et remonte ton moteur dramaturgique en te disant « ça, ça va, ça, c'est quoi ça ? Ça, non ça va pas », toi tu écoutes, ta bouche touche le par terre maintenant, et tu dis « oui, ah ? Tu crois ? », et badaboomboom c'est le tiger dans ton processeur d'auteur !


Puis aussi, pour ne pas tous les citer, mais quand même une petite dernière, Leïla Adham, Maîtresse de conférences à l'Université de Poitiers, je sais pas quoi dire, je suis tombé amoureux, et comme dit Jean-Luc Nancy qui a parfois la harangue facile comme Dédé du bistrot d'en bas : quand on aime, on sait pas ! Non mais si, une lecture aiguisée, un amour et une compréhension des langues, un esprit d'une finesse rare, suffisent à me faire fondre...


C'était bien.


Ensuite, nos lecteurs nous ont quitté, et nous avons eu une semaine pour travailler. Une semaine aussi, où nous nous donnions des conseils, des avis, des ressentis. Une semaine, les mains dans les cambouis dramaturgiques. Une semaine de collectif, d'un vraiment très beau collectif, trop court.


Mon projet ?


Je voulais m'émanciper le bourrichon des contraintes de manipulation et de production aussi, rencontrées sur le temps d'écriture (trop court) de « Le long de la grand'route ».

De trois parties, le texte passera à quatre, de trente scènes, à quarante. La réécriture va surtout me permettre de préciser les enjeux de la famille Davis, qu'on puisse vraiment les voir, le long de la grand'route.
J'ajouterai aussi des scènes de radio, en faisant un travail de cut-up avec les discours de Roosevelt. Dégageant ainsi un nouveau registre pour une parole documentaire. Pourquoi la radio pour Roosevelt ? Parce que c'est le premier président à avoir squatté les ondes, pour diffuser, oui, ce qu'on peut appeler une propagande.
Ensuite, le retravail des scènes de la famille Davis me permettra de retracer chacune de leur trajectoire, du départ de l'Oklahoma, à l'arrivée en Californie, jusque la déréliction. Cela me permettra aussi de laisser voir comment petit à petit, la misère grandissant, les liens entre eux s'effilochent, se perdent.
Bon, faut connaître le texte pour voir où je veux en venir, hein ?
En tout cas, je suis reparti de Lezay avec un plan de travail pour les mois d'été, je pense que le texte sera fini à la rentrée, si je l'emmène avec moi, dans mon baluchon.