"Les palmiers, c'est rare" disent les enfants du grand Nord

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Choisir l'écume, une expérience performative

Evènement performatif autour du texte

"Choisir l'écume"

d'Alan Payon

« La sirène jeta encore un regard sur le prince, et se précipita dans la mer, où elle sentit son corps se dissoudre en écume. »

La petite sirène, Hans Christian Andersen


« Choisir l'écume est une performance entre un chorégraphe et un auteur qui mettent en relation leur pratique, qui cherchent à opérer un déplacement, l'un par l'autre. Deux écritures qui se baignent ensemble, dans le même sel. »

Le FRAC Nord-Pas-De-Calais,

Programme In Situ

- Le 22 février à 20h30 (sortie de résidence) : Théâtre Massenet, Lille, dans le cadre des "Soirées Pertes Blanches" du Festival Je(ux) de Genre.

- Le 26 avril au FRAC Nord-Pas-De-Calais.

les marionnettes de " Les enfants du Pilon", spectacle d'Alan Payon             Thibaud Le Maguer dans "S'avale"


La genèse du projet :


Alan Payon, auteur, comédien et metteur en scène et Thibaud Le Maguer, chorégraphe et plasticien, se sont rencontrés autour des problématiques liées à la marionnette et plus largement, à la manipulation.

Dans le cadre d’un dispositif Pas à Pas de la Drac Nord Pas de Calais au Vivat d'Armentières dont il bénéficie, Thibaud Le Maguer invite Alan Payon à une résidence de recherche dans lequel ils vont partager les rudiments de la manipulation de marionnettes et les outils chorégraphiques propres au travail du chorégraphe.

Bruno B.Ensuite, pendant sa présence à Dunkerque, dans le dispositif de résidence-mission intitulé CLEA (Contrat Local d'Education Artistique), l'auteur dramatique Alan Payon écrit "Choisir l'écume", une adaptation contemporaine du célèbre conte d'Andersen, "La petite sirène", et ce, avec un prisme psychanalytique. Pensons notamment au célèbre ouvrage de Bettelheim (photo à gauche), "La psychanalyse des contes de fées" où l'auteur décortique les codes sociétaux que ces textes inscrivent chez leurs lecteurs.

Ici, la petite sirène d'Andersen se mutile, est obligée de se transformer pour prétendre à l'amour de son prince, et qui plus est, elle ne le côtoie et ne le charme qu'en étant muette. Qu'est-ce que cela nous raconte de la figure féminine ? Qu'il faut souffrir et se taire pour prétendre à l'amour du prince ?

Et cette figure du prince, quelle est-elle ? Comme se demandait Pinocchio "c'est quoi être un vrai petit garçon ?", c'est ça, c'est être prince ? Un beau brun un brin macho (juste ce qu'il faut), bien entraîné, mieux éduqué que la pauvre fille qu'il va daigner aimer, et bien sûr, à l'air du tout porno, notre prince, notre vrai petit garçon, doit être aussi doté d'un phallus d'au moins vingt centimètres pour que sa virilité (valeur suprême) soit effective et acclamée de tous.

Dans le conte d'Andersen, des flots bleus séparent la petite sirène de son prince. Elle se coupe la queue en deux, souffre le martyr, pour l'amour de lui. A la fin, pour le laisser vivre, elle se suicide, et se transforme en écume.

Dans la pièce d'Alan Payon, les personnages se rencontrent sur internet, séparés, eux aussi, mais par la lumière bleutée de leurs écrans d'ordinateur. Qu'en est-il de l'amour, dans les vastes virtualités ? Que deviennent nos désirs perdus dans les flux du web ? Que deviennent nos corps ardents, derrière nos écrans ?


La fable :


Loïc Famenne est un jeune homme de 17 ans, connecté toute la journée sur des sites de rencontre, seuls exutoires de ses passions. Il y rencontre Bastien Valtille, qui incarne la figure de la sirène, celle où convergent tous les désirs, jusque la perte. Personne ne peut résister à l'appel de la sirène, et personne n'y survit.

La pièce et la performance interrogent les nouveaux modes de rencontres amoureuses.

Dans les vastes virtualités, sommes-nous voués à choisir l'écume ?

La performance :


Durée : 20 minutes environs

L'auteur / metteur en scène Alan Payon et le chorégraphe Thibaud le Maguer travaillent ensemble à une mise en dialogue de leurs pratiques. Comment l'écriture dramatique peut rencontrer l'écriture chorégraphique ? Comment chaque artiste peut franchir le territoire de l'autre, pour donner naissance à l'inédit, du verbe et du geste ?

Qu'est-ce qui fait sens, dramaturgie, image ? Comment un auteur et un chorégraphe peuvent construire ensemble une expérience performative ?

A l'initiative d'Alan Payon, les deux artistes performeront autour des enjeux du texte "Choisir l'écume". La performance croise les arts théâtral, chorégraphique et plastique.

Thibaud Le Maguer incarne l’image de la sirène, qui attire et va happer le jeune Loïc Famenne, interpréter par Alan Payon.

Trois tableaux se succèdent.

Le premier tableau mêle les arts chorégraphique et marionnettique dans ce sens où Thibaud Le Maguer danse avec une feuille d’aluminium de 15 mètres carrés, avec la réflexion de la lumière sur le métal, et la manipulation exercée par le danseur, la feuille propose un paysage qui se transforme, on voit la mer, les vagues, et la queue de poisson des sirènes. Pendant ce temps, Alan Payon performe un premier texte au micro.

Le deuxième tableau montre une manipulation exercée par Thibaud Le Maguer sur Alan Payon. Le chorégraphe recouvre le corps du comédien de peinture, la sirène avale littéralement le jeune Loïc Famenne.

Le troisième tableau est une chorégraphie réalisée par les deux performers sur la base des outils chorégraphiques de Thibaud Le Maguer.

La collaboration des deux artistes est soutenue et encouragée par le Vivat d'Armentières, scène conventionnée, le Bateau Feu, scène nationale de Dunkerque, le FRAC Nord-Pas-De-Calais et la Communauté Urbaine de Dunkerque.


Voici l'oeuvre protocolaire installée au FRAC et dans laquelle nous allons performer. Par Latifa Echakhch

latifa-echakhch.jpg

Retour à Coudekerque Branche, chez super-Béa !

théâtre d'objet

Aujourd'hui, ce fut ma deuxième intervention dans la classe des CP - CE1 de Béatrice, à Coudekerque-Branche.

Alors sa classe, c'est pas du gâteau, ils ont une sacrée pêche, mais Béatrice, leur instit' et moi on est pas en reste !

J'adore intervenir dans sa classe, cette expérience est l'exemple parfait d'un CLEA réussi, Béatrice m'a intégré dans son projet de classe, et on co-construit ensemble le projet. Et mieux encore, elle ne m'attend pas pour avancer, elle bosse de son côté avec les élèves, prend des initiatives artistiques, elle aussi, elle déplace sa pratique de l'enseignement, autant que moi, j'essaie de déplacer ma pratique artistique auprès de sa classe.

L'idée, c'est quoi ?

Eh bien Béa, dans son projet de classe, a eu envie de créer un petit musée de l'ancien temps et a demandé aux familles des élèves de réunir plein de vieux objets inusités : des moulins à café Peugeot (l'empire Peugeot a commencé avec les moulins à café, Béa ne m'apprend pas que le parlé dunkerquois ^^), des perceuses à mains, un poste radio (que les élèves ont pris pour un micro-onde...), ou encore, un blaireau pour se raser....

tel_2.jpeg

On prend un sacré coup de vieux, car pour les élèves, ces objets sont des technologies préhistoriques !

Ensuite, Béatrice a confronté ces objets avec leur homologues contemporains, le rasoir électrique pour le blaireau... la bouteille Candia pour le pot de lait... et veutécrire une histoire où ces objets pourraient se confronter... mais ça, c'est pour la prochaine séance (gardons-en sous le coude)...

En fait, en ayant vu les objets, j'ai voulu que les enfants  les appréhendent, qu'ils puissent constituer un vocabulaire de manipulations. Un par un, avec leurs objets, nous avons cherché comment les animer, en respectant les spécificités de chacun, par exemple, la manivelle du moulin à café, il la tourne quand il réfléchit, etc...

Au delà de ça, j'ai essayé de transmettre un des grands principes de manipulation qui est :

tel_4.jpeg- Le point fixe. Une marionnette, et surtout un objet qui n'a pas de visage, meurt vite si elle ne parle pas directement face au public. Ce qui ne veut pas dire qu'elle ne peut pas être en adresse à un autre personnage. Comme un comédien, une marionnette peut très bien être face public tout en étant en adresse à son / sa partenaire.

blairau.jpegDe là, sur un blaireau, assez compliqué à manipuler (bien que ses poils lui font une sorte de coiffure), nous avons rajouté deux gommettes, pour lui créer des yeux, et un regard, et tout de suite, les enfants ont pu beaucoup plus facilement "croire" au fait qu'il était vivant. 

De la nécessité de la création dans les projets d'action culturelle menés par les artistes du théâtre

Cela ne sera jamais assez dit, répété, tambouriné, l'égalité en matière d'accès à la culture est une priorité.

En France, les collectivités territoriales, et les structures socio-culturelles participent bellement à cet effort en étant producteurs des œuvres que les artistes créent. En échange de ce soutien, il leur est très souvent demandé de s'intégrer aux divers programmes d'action culturelle mis en place par les dits-producteurs. Cela prend le plus souvent la forme d'ateliers de théâtre, d'écriture... selon les lieux et les projets.

Dans un cadre donné, il est demandé aux artistes de partager leur pratique, en fait, bien plus que leur pratique, il leur est demandé de transmettre la singularité de celle-ci, et les déplacements qui s'opèrent en elle au sein du projet pour lequel ils sont accueillis.

Cela demande donc un travail de recherche préliminaire.

Les artistes qui bénéficient de ce type de partenariat avec une structure équipée peuvent mener à bien un programme d'action culturelle car celui-ci intervient dans un second temps, quand le processus de création est déjà entamé, quand ils savent concrètement de quoi ils parlent, car sur le plateau, ils ont pu faire ce que tout créateur fait : chercher. Chercher des codes de représentations du réel, chercher à faire ce qu'il faut faire en priorité dans un théâtre : faire sens. Ils ont une connaissance empirique de leur pratique, qu'ils vont pouvoir, tant que faire se peut, partager aux bénéficiaires, aux usagers de l'action culturelle.

L'artiste du théâtre devient ainsi un autre type de médiateur, à ne pas confondre avec les médiateurs culturels, qui eux sont formés et diplômés pour présenter à leur public tout le paysage de la création contemporaine.

L'artiste qui s'inscrit dans une action culturelle, en partageant les éléments constitutifs de sa réflexion sur sa pratique devient celui qui passe, qui opère, qui acte une politique culturelle aux habitants du territoire où il est invité à créer.

Dans ce cas de figure, la compagnie qui produit le projet est financée pour de la création, et l'action culturelle est souvent une contrepartie de l'accueil offert aux artistes. Ceci étant, ces heures d'intervention ne sont pas rémunérées au régime de l'intermittence, ce qui rend les artistes encore plus précaires.

Bien-sûr, il y a autant de "formules" d'action culturelle que de territoires ou de structures qui en mettent en place. Chose courante, une collectivité ou une structure socio-culturelle invite des artistes à s'inscrire dans un projet élaboré par les techniciens de la culture. Ici, il existe un danger, celui de l'instrumentalisation des artistes au service d'un territoire. Dans ce cas de figure, on parle souvent de co-construction, certes, mais la précarité de certains artistes interdit leur radicalité créatrice, par peur de perdre un contrat, ils se plieront à la charte éditoriale établit par leurs commanditaires, ce qui évidement est regrettable.

Comment solutionner cela ?

Tout est une question d'approche, d'acception de l'action culturelle, ce n'est pas aux artistes d'intégrer des données qui ne nourriraient pas leur processus créatif. Quand un territoire ou une structure travaille à l'élaboration d'un cadre d'interventions clair, répondant à des contraintes précises, il a tout à gagner à laisser carte blanche aux artistes, qui pourront co-construire un projet, non pas avec les techniciens de la culture, mais bel et bien avec les habitants du territoire où ils sont invités à travailler. La façon optimum d'intégrer des artistes à un projet territorial est de les laisser présenter l'entière singularité de leur démarche, dans une étroite collaboration avec les habitants. Ainsi, les habitants deviennent eux-mêmes les acteurs du projet, en pratiquant une démarche co-construite avec les artistes sélectionnés par les techniciens de la culture. Les artistes apportent leur pratique, leur regard neuf, les habitants leur connaissance profonde du territoire, le dialogue se fait d'individu à individu, et non plus d'artiste à bénéficiaire.

Prenons l'exemple des CLEA (Contrat Local d'Education Artistique), où les artistes, sur quatre mois de résidence-mission sur le territoire qui les accueillent, ont trois semaines consacrées au montage de leur projet, à la prise de contact avec les structures scolaires, associatives, et socio-culturelles afin de présenter leur "univers" et de co-construire avec elles un champ d'action culturelle.

Ici, les artistes sont rémunérés pour de l'action culturelle, qui peut difficilement être payée au régime de l'intermittence du spectacle. Par exemple, dans le cadre d'un CLEA, le territoire organisateur n'est pas habilité à rémunérer les artistes à ce régime, il lui faut trouver un prestataire de service, comme la SMart, qui saura solutionner cela assez acrobatiquement.

Ce que les politiques ont fort heureusement compris, et les artistes du théâtre sont là pour éviter qu'elles le remettent en question, c'est que le théâtre est un outil majeur quant à la préservation de la démocratie, grâce à ce que seul le théâtre se propose de faire, créer une assemblée médidative, qui va réfléchir ensemble à un sujet donné, et ce, le temps de la représentation. Le théâtre est avant tout une tribune collective et citoyenne, qui invite chaque personne de l'assemblée à penser à son endroit, à opérer une nécessaire resingularisation.

Mais cette assemblée théâtrale n'est pas uniquement constituée de l'équipe artistique qui porte le projet. Non, le projet du théâtre est de créer une assistance, le public n'assiste pas à la représentation, il l'assiste, à proprement parlé. Ainsi, au théâtre, pendant la représentation, l'oeuvre est collective, c'est du 50/50 comme dit Enzo Cormann, auteur et penseur du théâtre, 50% par les artistes, 50% par le public.

C'est cela que l'action culturelle doit apporter à ses usagers, leur offrir une tribune où ils pourront se penser, s'exprimer, singulièrement, sur une thématique donnée. La clé de la réussite d'un projet comme celui-ci réside peut-être dans ce que nous appelons la création participative. Ici, les artistes montent un projet, en étroite collaboration avec la structure ou le territoire qui les accueille. Ce projet d'action culturelle présentera à la fois la spécificité des pratiques artistiques ainsi que les enjeux de création relevés par les artistes.

Les habitants deviennent des participants qui s'engagent pleinement dans un processus de création. Ici, artistes et participants sont acteurs du projet de façon complètement égal. Les artistes apportent leur savoir-faire aux participants qui sont invités à s'en emparer, et à co-construire une proposition théâtrale.

Des séances de répétitions publiques réalisées par les artistes en destination des participants sont les bienvenues, afin que les artistes puissent présenter les éléments de leur recherche, leur "univers artistique", dans l'optique de créer du débat avec les participants, que ceux-ci puissent se positionner au sein même de la pratique des artistes.

Ce genre de projet rentre dans les lignes de financement de l'action culturelle et ne permet donc pas aux artistes de se dégager des temps de création. Or, un artiste ne peut accomplir d'action culturelle sans recherche préliminaire, sans cela, au mieux, il prendra la place d'un médiateur culturel et dispensera sa connaissance empirique en matière de création contemporaine.

Pour que l'action culturelle soit effective, il faut permettre aux artistes qui s'inscrivent dans une démarche de médiation, de se dégager du temps pour préparer leurs interventions, de se dégager du temps de recherche, au plateau, afin de créer la matière qu'ils proposeront aux habitants participants.

Un praticien du spectacle vivant opère des déplacements constants dans son art, c'est donc ces mêmes déplacements qu'il est intéressant de partager au sein de projet d'action culturelle.

Il faut donc revoir les conditions de financement de l'action culturelle, pour permettre aux artistes de chercher ce qu'ils vont ensuite partager. Permettre aussi, que ces heures d'actions culturelles qui s'ancrent dans une démarche de création participative soient rémunérés comme de la création professionnelle, pour ne pas pénaliser les artistes qui font le choix de créer en lien étroit avec les destinataires de leur création, le public.

Les choses se mettent en place d'art d'art !

Le Trois Mats, La Duchesse Annes, devant le Musée PortuaireLors de ces trois premières semaines, j'ai pu rencontrer nombre d'instit', de prof de collège et de lycée, afin de mettre en place des interventions, que j'ai voulu le plus variées possible.

J'ai également rencontré le FRAC Nord-Pas-De-Calais, et le Musée Portuaire avec qui se profile de beaux projets.

le FRAC Nord Pas de Calaisla façade du Musée Portuaire

Quelques exemples d'interventions :

THEATRE D'OBJET

- à l'école primaire Joseph Courtois de Coudekerque-Branche, dans la classe de Béatrice, je vais intervenir autour du théâtre d'objet. En  effet, Béatrice et ses élèves ont constitué un petit musée d'objets anciens, inusités. Je me suis proposé d'animer des ateliers d'écriture afin de faire revivre l'histoire de ces objets.

- au Lycée professionnel de l'Ile Jentier, les profs voulaient créer un petit film qui valorisent une section que beaucoup considèrent comme peu reluisante, la classe d'Hygiène. Nous allons créer un petit film à l'humour décalé qui montre toutes les pratiques insoupçonnées de ses élèves : les analyses microbiennes, les cultures bactériologiques en étuve... et des courses de balai-moteur !

REECRITURE DE LEGENDE DUNKERQUOISE

- à l'école Joliot Curie de Cappelle-la-Grande, les classes de CE2-CM1 et de CM2 se sont relayés pour adapter la légende du Reuze, qui revient sur les origines dunkerquoises.

Ils ont fait le choix de réinterpréter la légende façon farce grotesque... enfin, NOUS avons fait ce choix... L'écriture est toute en oralité, chaque enfant est force de proposition, moi, je suis l'arbitre, je note ce que collectivement on juge opérant quant à notre objectif d'adaptation.

Ensuite, en mélangeant les CP avec les plus grands, nous fabriquerons et mettrons en scène un petit théâtre de papier.

Voici ce que les enfants ont écrit :


Proue de navire

La farce du Reuze

1) 

Le didascale. - Au temps du Roi Dagobert, au bord de la mer du Nord, il y avait le village de Mardyck où vivaient d'humbles pêcheurs.

Un beau matin brûmeux, le sentinelle vit sur la mer s'approcher d'énormes drakkars.

2)

Le sentinelle. (sur la tour du guet, en panique, il crie en sonnant les cloches) - Invasion ! Invasion ! D'énormes drakkars nous envahissent !

Attention, préparez-vous à vous défendre ! 

Le didascale. - Pendant ce temps, les vikings avancèrent en poussant leur cri de guerre et en brandissant leurs machettes aux manches sculptés dans des bois de cerfs.

Les vikings. - Kooltoonah ! Makalavadah ! (les enfants dunkerquois parlent viking couramment)

3)

Le didascale. - Les vikings sautèrent de leurs drakkars pour pénétrer dans Mardyck. (Là, on fait une ellipse !) Sur la place du village, ils décapitèrent les pêcheurs à tour de bras.

Le corps du forgeron se revisse la tête de la marchande et inversement.

La tête de la marchande sur le corps du forgreon. - Je suis musclée pour une fois ! La musculation a porté ses fruits ! 

La tête du forgeron sur la corps de la marchande. - C'est à en perdre la tête !

Le bûcheron. (se faisant écarteler) - Je constate avec une douleur insupportable que ma cage thoracique se brise lentement.

4)

Le didascale. - Après avoir pillé le village, les vikings se dirigèrent vers la maison du chef Miloock Arbock pour que celui-ci leur indique où se trouve le coffre-fort du village.

Allowyn. - Je m'appelle Allowyn, le terrible, pourfendeur des mers. C'est moi, le chef des Reuzes, nous venons de Norvège pour agrandir notre territoire et notre puissance !!!  (rire diabolique) Indique-moi où est ton trésor sinon tu périras dans d'atroces souffrances impitoyables !

Miloock. (attaché sur sa chaise) - Je sais plus, vraiment, c'est que j'ai une mémoire de poisson rouge, c'est vrai, je le jure !

Allowyn. - Le coffre ou la mort !

Miloock. - Bah euh... Bah euh...

Allowyn. - On ne discute pas avec Allowyn...

Le didascale. - Et là, Allowyn, fou de rage, fouetta le chef Miloock jusqu'au sang !

La femme du chef. - Arrêtez, ne maltraitez pas mon choupinou d'amour ! Je vais tout vous révéler !

Miloock. - Non, chérie, NON !!!

Allowyn. (sur un ton machiavélique) - Dépêche-toi ou sinon la mort t'attend !

La femme. - Le coffre-fort est à Dungroote ! Pitié, pitié !!! Ciel, mon mari !

Le didascale. - "Dun", la dune, et "Groote", la grotte, le coffre-fort était donc planqué dans une grotte au bord de la mer du Nord, les vikings n'eurent guère du mal à le trouver !

5)

Le didascale. - Après avoir pillé le village de fond en comble, les vivres viennent vite à manquer, et pour cause, à part piller et tuer, nos braves vikings ne savaient pas faire grand chose...

Devant un champ de blé : 

Viking 1. - Qu'est-ce qu'il faut faire ?

Viking 2. - Il est où le mode d'emploi ?

Le didascale. - Et non loin de là, un viking essaie de traire un taureau, celui-ci se fait charger grave...

Allowyn. - Vous ne savez rien faire bande de goinfres, il n'y a plus rien en stock, partons dans d'autres villages piller leur garde-manger et leur cervoise !

La suite, au prochain atelier à Cappelle La Grande ...


prou_2.jpeg


6ème jour - La Légende du Reuze

Sur les routes de Cappelle-le-Grande, je me sens quelque peu perdu....

Ce sixième jour, je dois intervenir à l'école Joliot Curie de Cappelle-la-Grande. Ce fut aussi, mon premier "tour" dans la communauté urbaine. Etant le seul des cinq artistes de ce CLEA à ne pas avoir le permis de conduire (je dois me trouver un scooter de pirate), je suis pour le moment tributaire des DKbus. Ceci étant, je me suis persuadé, dans mes nombreuses vadrouilles d'homme aux semelles de vent, qu'emprunter les réseaux de transports en commun est l'un des meilleurs moyens de vraiment rencontrer un territoire et ses habitants.

A l'arrêt de bus, je rencontre une vieille dame : Madame Bouquet. Comme tous les dunkerquois rencontrés jusqu'alors, et comme tous les gens du nord, elle est d'une sympathie qui réchauffe le coeur. Elle se propose de me guider jusque Capelle-la-Grande, à l'école où je me rends, et où ses petits enfants sont inscrits. En effet, une heure après, dans la classe des CE2-CM1 de Stéphanie, je rencontrerai sa timide petite-fille. 

Il y a 20 minutes de transport, je quitte Rosendaël (la Vallée des roses, en flamand) vers Cappelle, autant dire que je quitte le quartier mignon vers les zones péri-urbaines. Je suis frappé, toute cette zone qui entoure Dunkerque est une sorte de village gigantesque. Ce ne sont pas des villages, étant donné le nombre d'habitants, la superficie, mais il y plane une ambiance morte, où rien ne se passe, les habitations n'ont pas plus de deux étages, c'est gris, nous sommes dans le Nord, dévasté. 

Frappé aussi en passant devant l'usine Lesieur, où je vois flotter des drapeaux CGT. Les gens dans le bus ont compris que je n'étais pas d'ici, et tous, m'indiquent des chemins différents pour arriver à l'école. C'est gris, il fait froid, mais les paroles de la chanson ne mentent vraiment pas, ils ont dans le coeur le soleil qu'ils n'ont pas dehors. 

Moi, garçon du Nord Est, je me reconnais en eux, je me sens bien, on plaisante ensemble, jeunes et moins jeunes. C'est beau Dunkerque, les gens sont beaux, follement. 

J'arrive à l'école, après une marche inquiète, ne sachant pas trop où j'allais...

Stéphanie Houbron, la directrice de l'école, et Stéphanie Cotton, sont les premières à m'avoir contacté, il y a plus d'un mois, après ma 27ème heure (présentation de mes divers travaux devant l'ensemble des représentants du corps enseignant du Grand Dunkerque).

Une France black blanc beurre, sur les livres scolaires, c'est presque trop !La petite sirène sur les livres d'école, comme quoi, elle me suit partout à DK !

Premiers arrivés, premiers servis : avec l'école, nous mettons en place un projet qui me fait intervenir une après-midi dans chaque classe. Les instits ont été sensibles à l'angle "appropriation du territoire" de mon travail. En effet, avec la réécriture d'une légende constitutive de l'identité dunkerquoise, nous serons amenés à penser le passé, le présent et le futur dunkerquois. 

J'avais donné une mission claire à Stéphanie, un travail d'investigation afin de trouver LA légende autour des origines de Dunkerque, et elle a trouvé, avec l'aide d'un de ses collègues.

La voici : 

La légende du Reuze

Beaucoup de villes de Flandre ont leur géant d'osier qui défile le jour de la fête foraine, qu'on appelle ducasse. Le Reuze de Dunkerque serait venu des pays nordiques au temps du roi Dagobert. On dit même qu'il serait l'aïeul du corsaire Jean Bart.

Quand la cloche sonne, le Reuze sort...


Le Reuze, géant du carnaval de DK, Archive


Au temps du roi Dagobert, Mardyck était l'une des plus belles villes situées sur la mer du Nord. Son port, fermé chaque soir par une lourde chaîne, renfermait des centaines de bateaux qui naviguaient jusqu'en Angleterre et en Écosse.

Dans la brume d'un beau matin d'été, l'homme de vigie vit avec effroi des bateaux étranges s'avancer vers la cité. Leur proue recourbée était sculptée d'une tête de dragon colorée et effrayante. Au fur et à mesure que les embarcations avançaient vers la terre, l'homme de vigie entendait hurler les marins de ces surprenants bateaux. Grands et chevelus, ils s'invectivaient en dressant vers le ciel boucliers et épées.

Avant que la garde de Mardtick ne fût sur pied, les pirates avaient envahi la ville et avant que le soleil ne fût couché, ils avaient capturé les jeunes filles et tué le reste des habitants.

Ces Vikings étaient des Reuzes et se nommaient eux-mêmes les guerriers de la mer. Ils se trouvèrent bien dans la région et y séjournèrent plusieurs mois, mettant à sac toutes les réserves des maisons de Mardyck. Mais ces guerriers, s'ils savaient se battre, ne savaient ni cultiver la terre, ni s'occuper du bétail. Les vivres vinrent donc à manquer, d'autant plus que leur appétit était féroce. Ils durent se remettre en campagne afin de trouver d'autres villes à piller. Leur chef Allowyn fit une mauvaise chute et se blessa la jambe à son épée. Tenant enfin leur vengeance, les pécheurs de la région massacrèrent les guerriers reuzes à coups de pierres avant de s'en prendre à leur chef baignant dans son sang.

Or à cette époque, le grand saint Éloi séjournait dans la région car il aimait prendra des bains de mer aussi froids que revigorants. S'approchant des pécheurs déchaînés, il leur parla durement :
- Honte à vous, qui frappez un homme à terre. Transportez ce guerrier dans ma maison. J'ai de grands projets pour lui.

Saint_Eloi.jpg

Saint Eloi et son protégé restèrent enfermés pendant près de deux semaines. Au bout de ce temps, Éloi envoya chercher la plus jolie des jeunes filles de la région. On vit le grand saint Éloi se diriger vers l'église des Dunes, suivi du guerrier qui tenait par la main la jeune fille. Le Reuze fut baptisé, puis marié sous les yeux des villageois stupéfaits. À la sortie de l'église, le guerrier leur tint ce discours :
- Mes frères, que ceux qui savent tailler le bois, travailler la pierre, forger le fer et labourer la terre me suivent. Nous allons construire dans les dunes la plus belle des forteresses jamais édifiée pour la paix et la sécurité de ses habitants.

C'est ainsi que naquit Dunkerque. Le Reuze, sagement conseillé par saint Éloi, écarta de sa ville fléaux et invasions. Ce port prospère prit peu à peu la place de Mardyck, qui disparut, recouverte par le sable des dunes.



Les enfants entrent en classe. Ils disent "Bonjour Monsieur l'artiste". Je souris, "Monsieur l'artiste", ça veut rien dire, c'est beaucoup moins glamour que ça parait bordel !
Je leur pose des questions :
-  "Sur la scène, il se passe quoi, qu'est-ce qu'on voit ?"
Ils lèvent la main et répondent avant qu'on leur donne la parole (tant mieux) :
- "Y'a les acteurs !"
- "Et qu'est-ce qu'ils font les acteurs"
- "Ils récitent !"
- "Ils récitent, ah. Pas vraiment (mais ça je leur ai expliqué après, vous verrez...), mais qu'est-ce qu'ils récitent alors ?"
- "Moi moi je sais, le texte !"
- "Et qui c'est qui l'écrit le texte ?".
les CE2-CM1 de l'école Joliot Curie de Cappelle la Grande
Je leur explique l'écriture dramatique, que dramatique ça veut pas dire tragique, je leur explique la théorie du drame moderne, selon Szondi, avec des mots simples :
- les personnages sont ici et maintenant (= le présent)
- ils sont soumis à une problématique (l'élément perturbateur de l'histoire = la fable)
- ils vont acter un choix quant à cette problématique.
C'est le fait d'acter qui fait drame.
Je leur écrit "Représentation", avec l’histoire des suffixes, des préfixes, de la racine tout ça ..
RE - PRESENT - ATION
Je leur parle du présent que doit écrire l'auteur, que doivent jouer les comédiens. Que "RE", ça veut dire qu'il faut refaire, répéter, tout ça... mais en créant du présent. Je leur explique l'artisanat de l'auteur, je leur dis que j'ai une boite à outils, et que les comédiens, et moi  aussi, sommes plus que des faiseurs d'histoires, NOUS SOMMES DES FAISEURS DE PRESENT.
RE - PRESENTATION 

Je leur explique que le théâtre représente le réel, que c'est un examen, une loupe au dessus d'un morceau du monde, je leur dis que le théâtre est là pour nous aider à comprendre. 
Je leur parle des écrits théorique d'Enzo Cormann, je pense à lui, je l'imagine sourire en me voyant, devant de jeunes gosses, faire ce nécessaire travail de reterritorialisation de l'écrivain dramatique.
Au tableau, cours de théorie théâtrale pour des jeunes de 8-9 ans !
Ensuite, je leur lis la légende. 
A la fin, on en parle, on relève les mots compliqués, on décortique la fable (je leur dis ce qu'est une fable pour un auteur : l'histoire racontée).
Ils comprennent qu'on va parler de leur endroit, ils sont investis.
Je leur parle d'Aristote comme d'un vieux chiant qu'on a le droit de ne pas écouter.
On finit la séance en faisant un tableau à trois colonnes : Actions / situations - Personnages - Temps / lieux
J'explique, on remplit, ils imaginent à quoi pourraient ressembler le roi Dagobert, la plage de Mardyck, tout ça...
Je leur demande de se renseigner sur Dagobert et Saint Eloi, car la prochaine fois, forts des éléments de notre tableau dramaturgique, nous pourrons entrer en écriture.
Je dis "Aurevoir les enfant", et ce coup ci, ils disent "Au revoir Alan"...

Esquisse

Ce premier weekend dunkerquois fut tout en écriture. Voici un début de première scène pour mon adaptation de "La petite sirène".

(Il va de soi que je ne proposerai pas de travailler ce texte aux élèves des primaires et des collèges, néanmoins, je profite de l'inspiration de la mer d'opale...)

Bruit de personnes qui tapent sur un clavier d'ordinateur.

Derrière leurs écrans, qui seuls les éclairent, Loïc Famenne et la petite sirène en vidéo-conférence.

La petite sirène dit : Fais-le !

Loïc dit : Non !

La petite sirène dit : Je m'en vais alors...

Loïc dit : Non, attend !

C'est que

je

je n'ai jamais fait ça

La petite sirène dit : Si tu le fais, je te montre tout , mes nageoires, je te les montre

Loïc dit : Je veux te voir en vrai

La petite sirène dit : Demain

demain tu me verras

tu iras sur la plage

tu te baigneras

et je serai là

Loïc dit : Tu promets ?

La petite sirène : Je promets, Loïc Famenne.

Maintenant, fais-moi plaisir,

tu bandes ?

C'est comment dans ton boxer ?

Enlève le, je veux un aperçu

Loïc dit : Toi d'abord !

La petite sirène dit : Moi d'abord ?

Le petit garçon me somme d'obéir,

est-ce qu'au moins il en a envie ?

Ça, c'est la bonne question à poser

tout est toujours question d'envie

de désir

le reste : bagatelle.

Et, petit garçon,

Je ne voudrais pas te brusquer

Loïc dit : Envie ?

A mort j'en ai envie !

À en crever – si tu savais !

La petite sirène dit :

Loïc dit : Tu es là ?

La petite sirène dit :

Loïc dit : Arrête tes conneries !

Oui, je veux la voir...

ALLEZ !

La petite sirène dit : Tu es sûr ?

Tout bien réfléchi...

ça pourrait t'effrayer

Loïc dit : Le petit garçon est loin d'être couard ma belle !

La petite sirène dit : Ma grand-mère m'a mis en garde contre les types dans ton genre, elle disait toujours : « Ce qui passe ici dans la mer pour la plus grande des beautés, ta queue de poisson, ils la trouvent détestable sur la terre. »*

Loïc dit : Un type de quel genre ? Tu es bien placé pour parler de genre, tiens.

La petit sirène dit : Ma grand-mère savait de quoi elle parlait. C'était un vieux mérou expérimenté. Elle en a fait tourner des têtes à son époque. Pas un poisson de la lagune ne pouvait lui résister. Et elle a engraissé, en vidant les bourses des cinq océans. Même grasse, elle continuait à plaire. Mais jamais, ô grand jamais, elle ne s'est risqué avec les messieurs du dessus. Qui marchent sur la terre – ferme – et qui croient tout savoir. Vous ne soupçonnez pas le froid – abyssal – vous ne préférez pas y penser – le noir du dedans de la mer. Un noir aussi épais que le pétrole qui se déverse sur vos côtes.

Loïc dit : Arrête ton délire et vas-y, s'il te plait !

La petite sirène dit : Entre plaire et pâlir, il n'y pas beaucoup de différence, Loïc Famenne.

Loïc dit : Bon, c'est d'accord !

je te montre la mienne, d'accord

la mienne, ma queue, à moi

mais je te préviens :

le petit garçon n'a rien d’exceptionnel

La petite sirène dit : Qu'est-ce que tu en sais,

tu as des points de comparaison ?

Loïc dit : Pas encore, c'est sûr.

Mon père dit toujours que dans la famille

on est gâté à ce niveau là

La petite sirène dit : On va voir si Papa a raison...

*Extrait de « La petite sirène » d'Andersen

1ère scène - esquisse pour une adaptation de "La petite Sirène"


Tableau d'Eric Itschert

Loïc Famenne vit à Dunkerque. C'est un jeune homme de 16 ans, autant dire un môme, il est un peu perdu Loïc. 

Perdu entre ses désirs et la mer.

Il rêve de sirènes.

Il rêve de partir.


Loïc Famenne. – La mer est fraiche

un putain de vent du nord me gifle le visage

m'arrache les tempes

comme ça sur le rocher

j'enlève un à un mes vêtements

je plie méthodiquement mon pull-over

mon t-shirt

je lutte quelques secondes avec la boucle de mon ceinturon

je me débraguette

toujours avant d'enlever mes nike

j'enlève mes nike

mes socquettes

je les mets en boule et bourre le tout dans ma basket droite

mon boxer

que je bourre dans ma basket gauche

je suis à poil sur un rocher de Malo

à Dunkerque

au bout du bout du pays

des passants passent

et des passantes

avec les embruns

des éclats de leurs rires

stridents

et les mouettes

je respire profondément

non en fait

pas besoin de respirer

le vent tellement fort ici gonfle mes poumons sans effort

je me remplis

et je plonge

mon corps nu dans l'immensité

ma queue

ma queue qui vogue entre les récifs

attachée à mon corps

je me promène mais

l'idée de me faire suivre

par un requin

m'empêche d'aller plus loin

au large

ma queue

ma queue me ramène à moi

je la sens se débattre dans l'eau salée

je la sens comme jamais

je la sens dans un corps étranger étrangement bleu

je nage

dans l'eau glacée

dans la mer d'opale

un jour de fin janvier

2ème nuit - 1ère Insomnie

L'effervescence dans ma tête, Dunkerque est un immense terrain de jeu. Je suis excité comme un môme qu'on envoie se coucher alors que le lendemain il part à EuroDisney (yeah !)

les sirènes de DK m'empêchent de dormir
Je vais faire un projet avec un collège de Dunkerque, entouré de deux enseignantes qui ont l'air hyper open bar... Je n'arrête pas d'y penser.
Le CLEA ne veut pas trop qu'on fasse des projets sur le long terme, autrement dit, qui s'étalent sur toute la durée de la résidence-mission (de janvier à mai).
Ils nous parlent de "gestes artistiques", mais qu'est-ce que ça veut dire ?
Donc je me suis posé la question : qu'est-ce que je peux apporter de ma pratique à des djeun's avec des rencontres ponctuelles ?
Parce que oui, le théâtre, et surtout l'écriture pour le théâtre, sont des pratiques qui réclament assiduité, exigence et discipline. Comment peut-on réunir ces trois qualités nécessaires à une pratique théâtrale en trois pauvres après-midi avec un groupe ???
Des "gestes artistiques"...  ça me force à aller à l'essentiel de mon travail. Cette résidence porte déjà ses fruits...
L'essentiel de mon travail ? 
Raconter des histoires en faisant feu de tout bois (les mots, l'écriture plastique de la marionnette, le mouvement, le corps).
Qu'est-ce qui réunit l'ensemble de ces pratiques, qui sont toutes les miennes ?
Faire sens. Oui, je me plais toujours à dire que l'homme est un animal dramaturgique, parce qu'il fait sens. Dans tout ce qui nous entoure, nous voyons des signes, et nous pouvons faire sens.
Et là je pense à mon grand ami et collaborateur, le chorégraphe Thibaud Le Maguer. Thibaud, dans sa pratique de l'écriture chorégraphique, laisse le mouvement se créer in situ. Le cadre est posé dans le travail de répétition, mais ce cadre n'est là que pour permettre de la surprise, du lâché prise, de l’inattendu, et laisser le sens, advenir. Et son travail est performatif. J'ai donc décidé de créer avec les enfants et ados, des événement performatifs, où je dégagerai à chaque fois, un enjeu clair dans chacune de mes pratiques.
Le CLEA m'oblige à radicaliser mes angles de travail, pour être concret. On en peut pas travailler en étroite collaboration avec des non-praticiens sans être pointu, et savoir vers où on va.
J'ai donc dégagé deux grands angles dans mon travail d'auteur. Le premier, celui de l'adaptation de contes ou de légendes (mes pièces "L'enfant Pan", "Maesta" ou encore mon dernier spectacle "Les enfants du Pilon"), et les écritures du réel ("Le murmrure des pierres", "Les fainéants" ou ma dernière pièce "Le long de la grand'route").
S'ajoute à cela l'angle de l'écriture plastique possible grâce à la marionnette.
Les enseignants qui me convient à intervenir dans leur classe ont en fait choisi un de ces trois angles d'attaque.
Pour l'angle adaptation de conte, étant à Dunkerque, en bord de mer, je n'arrête pas de penser à "La petite sirène" d'Andersen, que j'affectionne tout particulièrement et dont je rêve de faire quelque chose depuis plusieurs années.
J'ai donc proposé de travailler autour de ce conte aux deux enseignantes du collège. Je veux créer une performance avec les jeunes, au FRAC, autour de la petite sirène.

Barbie sirène
C'est un texte intéressant à traiter avec des pré-ados.
C'est l'âge où l'on se sent mal dans sa peau, où l'on cherche à s'auto-normer, à ressembler aux autres, à la blonde jolie mais un peu coconne, au gros dur analphabète... c'est chaud time le collège quand même.
Et la petite sirène, c'te conne, elle fait quoi elle ? Elle se coupe la queue en deux pour ressembler à la parfaite coconne qui pourra prétendre à l'amour du gros dur. C'est chaud !
Chaud l'hyper sexualisation des petites filles, chaud le flou dans lequel baigne les petits gars à la sortie de l'enfance. 

little miss sunshine, la référence en terme de critique de l'hyper-sexualisation des enfants
J'ai envie de bosser ça. 
Mais les petites sirènes, ça sera les garçons, ils devront se couper la queue en deux pour l'amour de leurs belles. Comme se demandait mon poto Pinnochio, c'est quoi être un vrai petit garçon ? 
C'est avoir des gros bras et un gros paquet ? 
N'est-ce pas horrible comme définition ? 
Le poids des images télévisuelles qui abreuvent quotidiennement les pré-ados ne les aide pas à se sentir bien dans leur peau.
Les petits mecs, on va leur fabriquer de ailerons en plumes de mouette ramassées sur la plage de Malo, et on leur fera une nouvelle peau, en enrubannant leur jambes. Ils deviendront ainsi de jolis petits sirens. Ils devront se couper la queue en deux, et ramper vers les filles, figées, elles, telles des statues de sel l'Oréal. Elles pourront avoir des coquillages dans les cheveux, et des algues puantes, et à l'approche des garçons mutilés dans leur virilité aquatique, en bonnes dunkerquoises, elles leurs jetteront des harengs. 
Bon, maintenant il va falloir trouver un blabla qui rentre dans les grilles de l'éducation nationale... 
Bisous !

2ème jour - Les quinquins

Voilà, c'est le deuxième jour à Dunkerque, toutes les inquiétudes se sont dissipées, il faut maintenant rentrer dans le vif du sujet !

Je me dis que c'est bien de faire ce journal de bord, j'ai hésité, dois-je me faire un doc juste pour moi, ou un truc comme ça, sur le net, consultable au tout venant...

Moi qui suis auteur, je ne développe pas ici un travail de la langue très ouf... Mais ce n'est pas mon intérêt. Je veux juste faire trace, et témoigner. De ces rencontres, de ce moment de ma vie. 

Un ami me disait avant mon départ que 4 mois ce n'était pas grand chose. Je ne crois pas vraiment. 4 mois, quand tous les jours on est amené à s'ouvrir, à des enseignants, à des enfants, à expliquer sa pratique, son art... Je pense que cette aventure va bouger des choses en moi, en nous 5, les artistes de ce CLEA (contrat local d'éducation artistique).

Après avoir parlé avec mes camarades, je me rends compte que je suis celui qui a le plus de projets en place avec les écoles - collèges et lycées (et nous n'en sommes qu'au 2ème jour).

Après la 27ème heure (conférence de fin novembre où nous présentions nos pratiques artistiques au corps enseignant de la CUD), bon nombre de profs m'ont contacté.

Je me rends compte à quel point la marionnette intéresse les profs. Mais pas pour les bonnes raisons. 

Oui, nous, marionnettistes, nous battons contre cette idée du grand public qui vise à faire croire que nous ne savons produire que des spectacles pour enfants. Bien-sûr, nous savons le faire, et les meilleurs marionnettistes du monde, ce sont les enfants eux-mêmes : quand ils prennent un objet et qu'ils l'animent, ça vit, ça existe, personne ne pourra les contredire.

Bref, les 4 prochaines semaines sont déjà bien remplies pour moi. Je ne vais pas chômer.

Aujourd'hui, 2ème jour, j'ai commencé. Je me suis rendu à l'école Joseph Courtois, dans la classe de Béatrice, instit' des CP - CE1.

Parlons de Béatrice, une instit' supra chouette, avant, elle bossait pour la marine (elle était agent d'exploitation maritime (import/export) avec un armement chinois et elle gérait
l'importation des porte-conteneurs dont l'armement était COSCO ( China Ocean Shipping Company)..), et un jour, badaboom, elle a décidé :

"Je change de vie, je deviens institutrice !"

C'est une femme souriante, pleine d'envies, c'est agréable. 

Elle se plait à me raconter le territoire, à me faire découvrir des mots d'ici. 

Sur le chemin du centre culturel

Les quinquins : l'enfant en cinquième position (même origine pour Quentin - le prénom de mon 3ème fils ) et le mot est d'origine
picarde - le kakernesche est le dernier de la famille et donc le cadet. 

Alors sur le chemin de l'école jusqu'au Centre Cu, retrouvant mes vieux réflexes d'animateur de centre aéré, je m'amuse à charrier les gamins, en les appelant "les quinquins".

On passe dans une allée de jardins, où il y a des "cotje", sorte de cabanons au fond du jardin... Les enfants se moquent de moi parce que je ne connais pas ces mots-là. Je suis vexé, je les nargue en leur parlant en ardennais !

Béatrice me parle aussi d'une asso, les "Pénélecres", qui s''amuse à traduire en dunkerquois les fables de la Fontaine, etc...

Elle m'invite à me rendre dans un estaminet, pour boire une pinte, à l'occasion.Devant le Centre Cu

Bref, revenons à nos moutons, l'invitation officielle de Béatrice consistait à ce que je me rende avec sa classe au Centre Social Josette Bulté assister à "Altadrogue". Ce petit spectacle de marionnettes a été créé par le service de prévention santé de Dunkerque. Ce sont des infirmières, et des dames des services hospitaliers de Dunkerque qui gantent des marionnettes à gaine pour raconter une histoire, un conte de fée, pour prévenir des dangers des drogues - alcools et divers tabagismes...

J'assiste au spectacle, ces dames y mettent tout leur  cœur, et ça fait chaud au dedans du mien. Or, bon voilà, la manip' est mauvaise, les règles de base ne sont pas respectées (point fixe, phrasé...) mais les enfants sont chauds bouillants, ils répondent en hurlant aux invectives des personnages. C'est ça aussi la marionnette, un déchaîneur de foule.Au spectacle

A la fin de la représentation, je vais voir ces petites dames, et leur propose de passer à l'une de leur prochaine répét', afin de leur apprendre ce que je sais de la manipulation des marionnettes à gaine, pour améliorer leur petit show.

Quant à Béatrice, l'instit' des CP - CE1, nous parlons de son projet de classe : le 20ème siècle, elle aimerait faire quelque chose. Raconter la vie d'objets de l'ancien temps. Je lui parle du théâtre d'objet justement. Je luis propose d'écrire l'histoire de ces objets avec ses élèves, elle me parle de faire venir des grands-parents, elle me présente un de ses collègues musiciens qui pourrait jouer pendant que les enfants animent les objets...Le Castelet

C'est ça le CLEA, c'est des échanges !

1er jour - On débarque à Dunkerque !

Voilà des mois que la CUD m'a informé que j'étais l'auteur sélectionné pour la résidence-mission "conte et oralité"...

Brochure CLEA

Plus ça s'approchait, plus j'appréhendais...

Ce matin, je me suis levé à 4h, pour pouvoir prendre mon train Charleville-Mézières Dunkerque...

Je flippe grave, je ne sais pas ce qui m'attend. 4 mois à Dunkerque ! Mes amis, pour me charrier, me disent que Dunkerque est toute moche, qu'on s'y pèle les miches bien comme il faut... Bon.

4 mois de rencontres avec des scolaires pour leur partager ma pratique, laquelle ?

L'écriture ? La mise en scène ? La marionnette ? Tout ça en même temps ?

Je dois répondre aux envie des profs, des équipes des structures socio-cu (c'est moche comme nom)... Ouais, répondre à leurs envies, mais sans me faire instrumentaliser pour autant, je ferai attention.

Mon train quitte Charleville à 6h29... plus de trois heures après, j'arrive à Dunkerque. Anna Bonnaillie, notre référente CUD vient me chercher à la gare pour me conduire à la maison où les 4 autres artistes et moi-même sommes hébergés.

La maison est une des dernières maisons en bois de Dunkerque, elle est chaleureuse et toute belle. La CUD ne s'est pas foutue de nous !La maison des artistes, rue Carnot

On prend le temps de se rencontrer. Anna est tendue, elle a peur que le courant ne passe pas, mais que nenni !

Il y a une plasticienne, Marie Hendriks, une graphiste, Maîté Alvarez, un réalisateur, Frédéric Touchard, un musicien, Alain Blesing, et un auteur, moi-même, Alan Payon (pour vous servir).

A 14h, nous rencontrons, dans les locaux de la CUD (genre batîment URSS), tous les acteurs socio-culturels du territoire pour leur présenter nos travaux, "nos univers" comme ils disent.

Le but étant de susciter du désir, qu'ils aient envie de nous contacter, de créer des projets avec chacun d'entre nous.

NB : Chacun d'entre nous avions rencontré, courant novembre, l'ensemble du corps enseignant de la CUD, pour les mêmes raisons, le désir (de créer).

La salle à manger

La conférence se passe bien, je découvre avec joie les territoires de création de mes nouveaux camarades, c'est éclectique, mais on se regarde, on se fait des clins d’œil, il y a des points communs, on va pouvoir s'amuser ensemble.

Au final, je pense que cette conférence nous a plus permis à nous de nous rencontrer, qu'à nos interlocuteurs, qui au bout de 4 heures de conférence, commençaient à tomber darne (patois ardennais, utilisé par Rimbaud, qui signifie : tomber dans les vap').

Le soir, nous dînons avec l'équipe de la CUD, et Eric, de la DRAC Nord-Pas-De-Calais, ils nous ont organisé un buffet orgiaque (c'est beau l'argent du contribuable). 

Lesalon

Bref, in vino veritas, nous nous rencontrons, la maison, qui est la nôtre maintenant, s'emplie de nos rires, des premiers sourires, de fantasmes de création. Ceux qui nous ont recrutés sont contents, et nous aussi.

C'est le début d'une belle aventure !

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